Un indépendant, cette personne inconsciente en Belgique qui ose créer son emploi, qui accepte les risques inhérents à son activité, qui croit suffisamment en son talent que pour quitter la sécurité d'un emploi.
Comme je vous l'avais dit aussi, j'ai pour de multiples raisons, fiscales, responsabilités, crédibilité bancaire etc créé ma société: une petite SPRLU [je vous invite à lire un post très pédagogique de @fredwauters sur le sujet: "Entreprenariat: pour critiquer, il faut déjà comprendre"] , ne souhaitant pas avoir d'associé d'aucune sorte. Mais voilà...aujourd'hui, il y a dans le chef de nos politiciens comme John Crombez ou Georges Gilkinet, une présomption, quasi irréfragable de fraude ou d'optimisation fiscale indécente dans l'utilisation de ce genre de structure.
Je ne vais pas revenir sur les risques que j'ai pris en quittant mon emploi en CDI, en mettant a maison en garantie, ou l'importance d'avoir une société pour discuter avec une banque, séparer les patrimoines etc mais revenir un peu sur l'optimisation fiscale, puisque c'est de cela dont il est question avec la dernière proposition Ecolo. Ecolo s'attaque aux petits indépendants mais officiellement s'offusque que les grands groupes comme Mittal ne paient pas ou peu d’impôts. Je constate le "courage" de Georges Gilkinet qui va d'abord s'attaquer aux SPRLU plutôt qu'à Mittal. Ca en dit long sur l'éthique du personnage. [au fait, si quelqu'un a le CV de Georges sous la main, je suis curieux de voir de quelle manière il a, lui, participé à la prospérité du pays]
La proposition Gilkinet: "moins de deux personnes, imposition de la SPRLU aux taux IPP".
C'est dans la Libre Belgique que j'ai découvert la proposition de l'Ecolo Georges Gilkinet. J'ai recraché la moitié de mon café du matin sur mon journal, et déjà, juste pour ça, je ne le remercie pas.
Nous avons constaté que ces structures étaient une échappatoire fiscale tentante, source d'injustice sociale. Au-delà des gains fiscaux propres à la structure, des personnes en société paient, par exemple, moins pour la crèche de leurs enfants que des indépendants: simplement, leurs revenus sont en apparence plus faibles", dénonce M. Gilkinet.
La proposition de loi prévoit que les bénéfices employant "moins de deux travailleurs salariés" soient assimilés à un revenu professionnel de personne physique, dans la proportion des intérêts détenus par ladite personne dans la société.
Cette éventuelle loi effacerait donc les gains fiscaux que certains escompteraient en optant pour une société plutôt que pour un statut d'indépendant. Rien n'interdirait cependant de privilégier cette structure pour des raisons de responsabilité limitée.
Le raisonnement de Gilkinet est donc qu'une entreprise de une personne n'a pas à être traitée comme une entreprise de plusieurs personnes. Je le remercie pour cet argumentaire fantastique. Alors, je vais expliquer à Monsieur Gilkinet pourquoi cette optimisation fiscale est importante. Pour les entrepreneurs, pour l'Etat et pour la société en général.
Ma société paie moins d'impôts que l'IPP
OUI. Le taux ISOC de ma société, en toute transparence, est aujourd'hui avec taux réduit et intérêts notionnels de 28,4% environ. En IPP, elle paierait 50% hors centimes additionnels et autres taxes indirectes.
Est-ce éthique?
OUI, quand un taux est confiscatoire, le contribuable a le droit de choisir la voie la moins imposée. C'est un principe de base du droit fiscal. Tout le monde le fait, par exemple en ventilant son prêt hypothécaire, en utilisant les titres services plutôt qu'une femme d'ouvrage hors ALE etc.
Est-ce anti-social?
NON. Ma société me paie un salaire conséquent (en effet, pour qu'une PME puisse bénéficier des taux réduits, elle doit payer un salaire minimum défini par la loi!) qui me permet de payer entre autre ma maison en personne physique. Ce salaire est taxé à 50% et je paie aussi des cotisations sociales. Je participe comme tout citoyen à la solidarité. Je trouve cela normal jusqu'à un certain point.
Alors, cette société engrange 31,6% en plus qu'en IPP?
Environ oui. Mais n'oublions pas une chose. Ma société, c'est aussi mon assurance chômage! Ma société en économisant et en gardant des fonds en réserve me permet de diminuer mon risque dans le cas où je ne trouverais pas de contrat pendant une certaine durée.
Concrètement, en 2008-2009, la crise fait rage. Le client qui m'emploie réduit sa voilure et me voilà sans contrat en novembre. Il va sans dire que la cessation se fait en 15 jours (malgré le mois contractuel) et que je n'ai ni parachute doré, ni indemnités de licenciement, ce qui est normal.
En décembre, il est inutile de démarcher. Les clients sont en fin de budget, les vacances approchent etc. En janvier, l'acitvité des entreprises se relance après les périodes de fête. Le temps des démarchages, des négociations de contrats etc, je recommence au mois de mars. Durant ces quatre mois, je me retrouve donc sans rentrée financière.
Que puis je faire? Je n'ai pas droit au chômage, je suis indépendant. Et bien la structure fiscale de ma société m'a permis de lisser mes rentrées financières personnelles et de conserver mon niveau de vie durant cette période. M'a permis de continuer à financer ma maison, ma famille etc. Etre indépendant, c'est vivre dans une forme d'incertitude quant au lendemain.
J'ajoute enfin qu'avec la crise, le nouveau contrat que j'ai décroché côtait à 40% en moins de revenus qu'avant la crise. J'ai, durant près d'un an travaillé à perte mais ces rentrée, même trop faibles, permettaient de ne pas aggraver la situation. La gestion financière responsable des réserves de ma société m'a permis de résister à la crise et éviter la faillite de la société et la faillite personnelle!
Avec un taux d'imposition supérieure dans le chef de ma société, les économies seraient plus maigres et ne me permettraient pas de faire face à une disette de plus longue durée. Ces réserves sont nécessaires.
Pourquoi ces réserves? Est ce de l'argent de poche?
NON! Ce n'est pas de l'argent de poche. Comme je l'ai expliqué, c'est d'abord une assurance chômage qui me permet de ne pas dépendre de la solidarité et de ne pas grever le budget de l'Etat en demandant une aide au premier accident de la vie qui pourrait m'arriver.
Ensuite, c'est une forme d'assurance pension. En effet, en Belgique la pension d'une personne n'ayant jamais travaillé [pour les non-belges, vous avez bien lu, une personne qui n'a jamais travaillé et à chômé toute sa vie...] est supérieure à la pension légale de l'indépendant qui n'a jamais cessé de travailler sans jamais dépendre de la solidarité. Alors, le jour venu de la pension, cette "tirelire" est bien utile pour vivre des vieux jours heureux (après imposition des boni de liquidations bien sur). Notez que l'argent en réserve dans une société n'est pas de l'argent de poche que l'on peut utiliser "comme ça" (voir point suivant).
Les boni de liquidation sont constitués de bénéfices déjà taxés. Aujourd'hui retaxés à 10%, demain on parle de 25%, ce qui ramènerait le taux nominal à 33.99% + 25% soit 58,99%. Au mieux, on conserve le taux de 10% et nous seront encore à 43,99%. Est-ce là une telle "fraude"?
Et si on taxe à l'IPP?
Si demain on taxe le bénéfice à hauteur de l'IPP, soit 50%, cela signifie que le taux minimal d'imposition réel d'une sprlu sera de 60%, voire de 75%!
En effet, l'argent en réserve d'une société ne peut pas être utilisé "comme ça". Ce n'est pas de l'argent de poche que je peux utiliser pour payer mes vacances, offrir des jouets à mes enfants, partir au ski ou autre. Cet argent ne m'appartient pas, il appartient à la société!
Si je veux utiliser cet argent et le sortir pour des besoins personnels, je dois payer l'IPP comme tout le monde! Si donc, au terme de ma vie de travail, je souhaite récupérer cet argent [dont mon capital investi en mettant ma maison en garantie etc] je dois soit vendre ma société, soit la mettre en liquidation. Et je serai encore taxé soit sur la plus-value, soit sur le boni de liquidation aux taux sus-mentionnés.
Y aurait-il d'autres utilisations auxquelles on peut penser?
OUI. J'ai toujours l'espoir qu'un jour, j'aurai suffisamment de fonds pour non seulement assumer mes risques, mon chômage et ma pension mais aussi pour investir dans l'économie! Oui, je rêve d'un jour faire grandir ma structure et de pouvoir engager du personnel, créer de l'emploi.
Sur un autre plan, avec d'autres indépendants, nous avons déjà discuté d'investir dans la reprise éventuelle ou le financement de PME en difficulté et les redresser et sauver de l'emploi, les faire croître etc.
Non, je ne veux pas, je n'aime pas, c'est une philosophie personnelle, emprunter de l'argent malgré les effets de leviers possibles. Je préfère grandir par auto-financement de mes activités. Cela suppose pouvoir continuer à mettre en réserve. Ce qui ne sera possible, ou au moins sera toujours plus rapide, en étant imposé à l'ISOC plutôt qu'à l'IPP.
Une proposition inepte et injuste
Voilà pourquoi, en plus des raisons de responsabilités, de séparation de patrimoines, de crédibilité nous avons besoin, nous petits entrepreneurs avons besoin de conserver cette imposition à l'ISOC.
Cette fiscalité légèrement plus avantageuse nous permet de:
- ne pas dépendre de la solidarité et grever le budget de l'Etat en cas d'accident
- d'accéder à une pension décente
- de lisser nos revenus sur plusieurs années et faire face aux baisses temporaires de revenu
- pouvoir penser sereinement à engager un jour
- ou investir dans d'autres PME et renfocer le tissus économique local
Cette proposition est inepte car:
- ces réserves ne sont pas de l'argent de poche. Toute utilisation personnelle est déjà taxée à l'IPP
- Ces réserves en cas de liquidation, sont retaxées. Demain, l'imposition globale des bénéfices pourrait atteindre les 60 voir 75%.
- Ecolo prétend s'attaquer aux grandes structures qui ne paient que peu d'impôts style Mittal mais s attaque de facto aux petits entrepreneurs tellement plus facile à pressurer un peu plus.

